- Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre approche photographique?
Je suis photographe malgache. Mon travail tient à la fois du reportage documentaire et d’une démarche d’auteur, empreinte d’humanisme. J’avance surtout avec mon regard et ma sensibilité, à l’instinct et de laisser le champ libre à l’instantané. Je m’intéresse beaucoup aux gens, aux moments simples du quotidien, à des scènes parfois discrètes mais qui racontent quelque chose, avec sincérité.
- Comment avez-vous été amené à travailler sur les mangroves avec l’Institut de Recherche pour le Développement?
Quand on m’a proposé ce projet avec l’Institut de Recherche pour le Développement, je n’y connaissais pas grand-chose aux mangroves, mais j’ai accepté par curiosité et pour le côté photographique. Pour moi, ça évoque un milieu étrange et inquiétant, celui des esprits qui hantent les récits de mes ancêtres. Mais c’est aussi un monde apaisant, dont il émane une force naturelle et une certaine poésie. Tout ça est très photogénique, et c’est stimulant pour un photographe comme moi.
- Qu’est-ce que vous avez découvert en photographiant les mangroves?
J’ai découvert un monde très riche que je ne connaissais pas. Il y a toute une vie dans ces forêts : les crabes, les poissons, les bichiques, les cocons pour faire des tissus…
J’ai aussi découvert les traditions locales, les croyances, les demandes de bénédiction par le roi de la région avant d’entrer dans la forêt. C’est un univers très particulier, entre nature et culture.
- Comment percevez-vous les mangroves à travers votre regard de photographe?
Ce qui m’a marqué, c’est leur majesté, mais aussi leur côté étrange. Ce sont des paysages très forts visuellement, presque mystérieux. La photographie permet de montrer cette beauté, mais aussi ce qu’il se passe derrière : la fragilité, les coupes, les dégâts. Il y a toujours cette dualité.
- Avez-vous observé une évolution au fil du temps?
Au début des années 2000, lors d’une première visite, les mangroves étaient juste là, on n’en parlait pas beaucoup.
Mais quand je suis revenu en 2019 avec l’IRD, j’ai senti que les discussions avaient changé. On parlait plus du réchauffement climatique, de la déforestation, de la protection, de la montée des eaux, des débouchés pour les communautés… Il y avait vraiment une prise de conscience.
- Quel rôle la photographie peut-elle jouer selon vous?
Une photographie, c’est quelque chose de figé, mais qui peut rester. Elle peut être utilisée dans des livres, à l’école, dans des magazines, des rapports, des affiches, des expositions… Une image peut parfois dire beaucoup, décrire, mais aussi s’accompagner d’explications ou de légendes. C’est un support qui peut toucher directement, faire réfléchir et sensibiliser les gens.
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